Attention c’est long et je vous raconte ma vie !

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L’idée m’est venue en 2010, quand je suis allée fêter mes 30 ans à New York.

On a passé 15 jours à passer de cafés en cafés et si vous y êtes deja allés, vous savez que le « café » (le lieu) à New York ne ressemble en rien au Café parisien. Je me rappelle encore avoir passé 3 heures à Brooklyn au Boneshaker (pour nous protéger d’une averse énorme) et m’être dit : « C’est ça que je veux faire à Paris ! ».

Un endroit convivial, des meubles un peu dépareillés, des jeux de société dans les armoires, du super bon café avec un joli coeur dessus (à l’époque c’était révolutionnaire),des serveurs super sympas, de la nourriture simple et hyper bonne (je me rappelle avoir mangé un sandwich délicieux avec des légumes rôtis et du pastrami), bref le rêve !

Evidemment en revenant j’étais hyper excitée, déjà j’avais envie de déménager à New York, et puis je gardais ce petit truc dans un coin de ma tête « tu devrais faire ça à Paris » ! Bien sur, la routine m’a rattrapée, je suis repartie dans mon job dans lequel je ne m’épanouissais pas vraiment et cette petite voix a commencé à s’éteindre…

Et puis fin 2010/début 2011, on part une semaine à Amsterdam. On se balade, on fait du vélo, et je comprends que toute cette culture du coffee shop américaine vient d’ici en fait. Les cafés sont encore plus jolis, les hollandais ont ce truc de tout rendre hyper mignon, de cultiver des fleurs partout en ville, d’arriver à faire en sorte que dans les 3/4 de la ville, on se sente limite comme à la campagne ! Et là, la petite voix revient de plus belle (même si Paris est loin d’être Amsterdam) !

En rentrant je commence à en parler et je tombe sur un local pas mal en face du magasin de potes aux Abbesses et je commence à me dire que c’est possible, que je devrais faire des bagels et du café là bas. Evidemment je n’ai pas un kopeck mais le local coute rien, le loyer est assez bas, ce que je veux faire ne nécessite pas forcément beaucoup d’investissement, donc je me dis que c’est possible ! J’en parle aux copains, ils me disent mais oui vas-y, ! Je commence les calculs, je vais voir les banques, ça commence à avancer et 4/5 mois plus tard, après m’avoir bien fait galérer, le proprio me plante.

Je mets tout en stand-by, je continue ma vie et mon boulot, je m’ennuie un peu au boulot il faut bien le dire, mais mon boss commencent à me confier d’autres missions plus sympa et complètement différentes et ce petit sursaut d’excitation professionnelle m’occupe pendant quelques mois… Et puis les rumeurs de licenciements et de fusion commencent à se faire entendre, et je commence à me dire que peut être je pourrais quitter mon job avec un peu d’argent et enfin faire ce dont je rêve…

Fin 2012 :  on part en vacances à Hawaii 15 jours avec toute ma famille et là bas je retrouve cette vibe hollandaise de coolitude mais multipliée par 100 000 et plantée dans des paysages de rêve. Le coffee shop est bien sur hyper présent, l’hospitalité des gens est incroyable bref le voyage est fou et là je me dis vraiment « Ok quand tu rentres, tu te démerdes pour faire partie du plan social, prendre un peu d’argent et te lancer et monter ton truc ! »

Quand je rentre, je suis ultra motivée et 1 mois plus tard, je me rends compte que je suis… Enceinte !  Evidemment je suis hyper contente, et je me dis que niveau timing ça tombe pas hyper bien mais c’est la vie !

Fin 2013 : le plan social est acté, ceux qui veulent partir peuvent se porter volontaires. Je crois que je suis la première à signer le papier. Ca m’a remis les idées en place de devenir maman, j’ai compris que j’avais besoin de m’épanouir dans mon job pour pouvoir m’épanouir dans ma vie perso et que je ne pouvais pas continuer comme ça !

Mars 2014 : je suis officiellement sans job. Je commence à me remettre dans le business plan, les chiffres et cie. Avoir un enfant de 8 mois qui ne vas pas à la crèche c’est pas hyper pratique donc ça me prend mille ans pour arriver à finaliser tout ça mais je finis par y arriver. Le projet a changé évidemment depuis 3 ans. Il a pris de l’ampleur, il a muri, comme moi. Exit les bagels, j’ai envie d’un truc plus abouti, plus adulte, qui me ressemble plus. Mais en prenant de l’ampleur, il a gonflé au niveau investissement ! Et puis je découvre (enfin pas vraiment quand même) le concept du droit au bail ! En gros : tu donnes de l’argent à l’ancien locataire pour pouvoir reprendre son bail et avoir le droit de payer un loyer (ah ah ah) . Et quand je dis de l’argent c’est pas 1000€, surtout à Paris…

Fin 2014 :  je suis enfin prête, je vais voir mon banquier pour qu’il me dise ce qu’il en pense, avant même de commencer à chercher un local. Tout le monde m’a dit que de toute façon je devrais aller voir au moins 15 banques, et que j’aurais au moins 14 refus. Donc j’y vais avec la boule au ventre, pire que pour un oral et puis là le banquier est en fait hyper cool, il adore mon projet, me dit que mes chiffres sont pertinents et qu’il attend que je trouve un local pour me financer. Folie !

Je commence donc la recherche de local dans la foulée et finalement, le temps que je gagne à ne pas avoir à défendre mon projet devant 15 banquiers, je le perds à chercher un local.

En même temps, je sais que je suis chiante, je cherche dans un quartier hyper précis (Blanche/Pigalle), une surface assez conséquente vu mon budget, et donc c’est compliqué ! Je visite des trucs fous (pas dans le bon sens du terme) à des prix aberrants. Je me rends compte à ce moment là que l’immobilier de locaux commerciaux est encore plus du grand n’importe quoi que l’immobilier traditionnel. Tout le monde me dit de commencer à chercher ailleurs, dans le 10ème, dans le 11ème. Je dis « oui oui » mais je m’en fous je veux que ce soit à coté de chez moi. D’abord parce que j’adore mon quartier et que je sais qu’il a vraiment du potentiel, ensuite parce que j’ai 2 enfants (ma belle fille de 12 ans et ma fille de 2 ans) et que je ne peux pas perdre mon temps dans les transports tous les jours. Je sais déjà que ça va être compliqué a gérer au niveau organisation alors j’essaie vraiment de mettre toutes les chances de mon coté. Je vous passe les folies, les locaux avec des baux vérolés, les proprios qui doivent te rappeler (j’attend encore un appel d’ailleurs), les agents immobiliers qui te proposent des supers locaux dans le 14ème alors que tu cherches entre Blanche et Pigalle voire limite Anvers.

Fin Octobre 2015 : je commence ma journée sur le bon coin (oui c’est là maintenant qu’il faut chercher les locaux, j’ai mis 4 mois à m’en rendre compte) et puis je vois une annonce qui me plait. C’est le bon quartier, c’est la bonne surface mais c’est pas le bon prix. En plus j’ai déjà vu la boutique mais je vois pas comment ça pourrais faire 65m2. Et puis le droit au bail est vraiment trop élevé ! Bref ca sert à rien d’aller visiter j’ai la flemme. Y’a le dernier episode de Brooklyn Nine-Nine qui vient de tomber. C’est le quarantième local que je vois… J’en parle à mon mari, il me dit  » mais bouge toi c’est à 50m de la maison vas voir !! ». Alors je vais voir ! Et là c’est super, c’est grand, c’est atypique, c’est au bon endroit mais c’est trop cher. Je vais donc devoir faire ce que je déteste faire et que je vais devoir faire tous les jours maintenant : Négocier.

Le propriétaire du bail est adorable, je mets carte sur table avec lui (contrairement à l’avis de tout le monde qui me disais de la faire en mode marchand de tapis). Je lui dis « Voila, je peux mettre tant, je sais qu’on est loin du compte mais je peux pas faire plus ». Il réfléchit, me recontacte et on fait affaire !

On signe en fin d’année 2015 la promesse de bail et je vous passe les péripéties administratives de notre beau pays ainsi que les non-sens quotidiens des gens qui bloquent le business parce qu’après l’heure c’est plus l’heure et que bah là Jean-Claude est parti en vacances et que personne ne gère ses dossiers et que le notaire a trop de travail et qu’il pourra traiter votre dossier dans 1 mois…

23 mars 2016 : Je signe enfin chez le notaire. J’ai les clés !

Ca y est c’est la fin de ma trop longue histoire mais j’avais vraiment envie que vous compreniez pourquoi et comment j’en suis arrivée là. c’est une route de presque 6 ans plein de virages et de cul-de-sac mais le truc c’est de ne pas laisser la négativité des autres vous atteindre, de vraiment bien préparer les choses, de connaitre vos limites et de ne pas hésiter à se faire aider !

 

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